vendredi 9 novembre 2007

Le choix est facile...


Le Woody Allen Nouveau est arrivé, aussi fidèle que le Beaujolais. Reste à savoir cette année, lequel des deux sera le moins mauvais... j'y vais un peu fort peut-être car le film n'est pas mauvais, mais tellement en dessous de beaucoup d'autres. Succession un peu trop répétitive de petits suspens sans saveur, le film se termine lamentablement sur une pirouette quasi prévisible et fort décevante.

Erwan McGregor et Collin Farrel interprètent deux frères : Ian et Terry. Le premier s'ennuie au restaurant familial et rêve d'investissements immobiliers tandis que le second travaille dans un garage et passe le temps en jouant. Sur un coup de tête, les deux frères s'offrent un voilier et le baptisent "Cassandra's Dream". Tout va bien jusqu'à ce que Terry, pris par la fièvre du jeu se retrouve confronté à une énorme dette au poker et que Ian tombe amoureux d'Angela, une actrice de théâtre un peu trop ambitieuse. Les deux frères se retrouvent alors dans une impasse, obligés de solliciter l'aide de leur oncle Howard qui a fait fortune en Californie. Celui-ci, richissime accepte de les aider en contrepartie d'un "petit service"...

Malgré certains thèmes alleniens comme la cruauté des rapports de classes ou la culpabilité, ce nouveau film ne ressemble guère à du Woody Allen. On ne rit pas. On cherche l'ironie grinçante et le burlesque et on ne trouve qu'amertume et cynisme. Seul le choix des acteurs ne trouve rien à redire, Erwan McGregor colle à son personnage à la perfection, mais Collin Farrel nous étonne, dans ce rôle si loin de son registre habituel de héros confiant.

Je partage l'opinion du Monde, et comme Isabelle Régnier écrit mieux que moi, je cite et conclut :
"Une part de son échec tient à ses choix de scénario. Pourvus de deux personnalités opposées, les deux frères (un fort, et un faible pour simplifier) incarnent ici deux trajectoires morales possibles : l'indifférence (gagnante socialement, monstrueuse humainement), et son pendant, la culpabilité et le remord. Mais la ficelle est grosse, et l'auteur fait peu d'efforts pour la dissimuler. De fait, il annonce son programme dès la scène d'ouverture, qui introduit les deux jeunes gens au moment où ils achètent un bateau au-dessus de leurs moyens, et dont le nom n'est autre que Le Rêve de Cassandre. La spirale de la fatalité est ouverte et ce grand amateur de théâtre antique qu'est Woody Allen s'y installe comme sur un boulevard, pour la dérouler sans entrain, jusqu'au dénouement annoncé."



Si vous avez envie d'un bon western avec des balles qui tirent dans tous les sens... le film d'Andrew Dominik, adapté du roman de Ron Hansen, ne vous plaira pas. Ce film tiens plus de l'essai cinématographique que du film d'action. Ou alors il appartient, comme l'analyse Télérama aux nouveaux westerns d'André Glucksmann, qui écrivait «le nouveau western parvient à définir un tragique de l'histoire en isolant l'instant où l'élaboration d'une civilisation échappe à l'épopée collective sans encore paraître ­mécanique impersonnelle du progrès : moment de vérité où les hommes semblent faire l'histoire, et savoir qu'ils la font».

L'histoire ? Je ne vous révèle rien, elle est dans le titre : L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Jesse James est le bandit américain par excellence, les populations qu'il terrorise le considèrent comme un criminel, mais la presse en a fait un héros, et beaucoup de gens l'aiment... Robert Ford est de ceux-là, idéaliste, et ambitieux, il l'idolâtre même et rêve depuis l'enfance de partager ses aventures. Le film donne sa version de leur rencontre, de leur "amitié" et de ce qui mena le jeune homme à tuer lâchement son idole.
Pour Andrew Dominik, ce meurtre révèle plus du sacrifice de la star se sachant condamné... ou sur le déclin que de l'assassinat pur. Pourquoi le plus fin brigand aurait-il retiré son ceinturon sinon... ?

C'est un beau film au sens esthétique du terme avec un vrai travail (notamment celui du directeur de la photographie Roger Deakins), sur l'image, la couleur, les plans, le découpage, les perspectives, la profondeur de champs, on pourrait même penser qu'il utilise une chambre... mais cela est-il possible au cinéma ? Non c'est un truc bien sur... de la glycérine sur l'optique. Ils sont forts au cinéma !!
Alors c'est lent, lent mais pas long, pas ennuyeux, un film pour les contemplatifs. Ce travail sur l'image est d'autant plus réussi qu'il n'est pas au dépend mais au service de l'histoire et du jeu des acteurs, tous excellents. Brad Pitt est bon, il est brun, il a vieilli et ça lui va bien. Il incarne le bandit-bien-aimé "qui arbore la mine dépressive de l'icône enfermée par la célébrité". Peut-on oser le parallèle avec l'acteur ? Casey Affleck est bon aussi : son jeu, en dehors des mots, et le travail sur la voix sont tout bonnement superbes.

Et pour conclure je cite Libération : "Et si son film nous fait penser aux années 70, ce n'est que parce qu'on a aujourd'hui si peu d'occasions d'en voir qui prennent à ce degré le temps de bâtir des scènes, construire des personnages et les laisser chanter." et le Monde : "Un western silencieux sur l'absurde, le trouble, la fascination. Une complainte, rythmée par une voix off. Un poème, un pèlerinage, une poursuite de fantômes."

1 commentaire:

Manon a dit…

T'es dure !!! Pauvre petit Woody !!!